Parlez-vous émotions ?

Parlez-vous émotions ?

Comme l’apprentissage de la lecture nécessite la maitrise de l’alphabet, le décryptage des émotions passe par l’intégration d’un vocabulaire adapté.

La plupart d’entre nous se souviennent d’avoir appris à lire à l’âge de 5 ou 6 ans. Etes-vous capable de vous souvenir de vos premières leçons sur la compréhension de vos émotions ? Je ne parle pas de votre Maman qui vous a expliqué que se mettre en colère c’était mal (d’ailleurs c’est depuis ce jour que vous êtes incapable d’exprimer votre colère…), qu’il ne faut pas pleurer parce que vous êtes une grande fille, et que vous ne devriez pas vous sentir malheureux à cause des autres enfants dans le monde qui sont plus malheureux que vous… Non, je parle d’un vrai décodage lié à vos sensations corporelles et à votre état mental. Vous avez du mal à vous souvenir ? Normal, on ne vous a jamais appris, ni à la maison et encore moins à l’école… Et non seulement, on ne vous a jamais appris à parler émotions, mais on vous a aussi expliquer qu’il fallait se méfier de vos ressentis, de vos larmes, de votre colère, qu’il fallait les cacher ou les travestir pour les rendre acceptable.

Pour parler émotions il faut d’abord définir ce qu’est une émotion. Posé ce cadre, nous pourrons alors décoder l’abécédaire et tenter de faire nôtre cette nouvelle langue.

Emotion : késako ?

L’intérêt accordé aux émotions est finalement assez récent. Elles se situent à mi-chemin des neurosciences et de la psychologie. On a commencé à s’intéresser aux émotions à la fin du XIXième siècle avec, notamment les travaux de Darwin sur « L’expression des émotions chez l’homme et les animaux » (1872). Puis, pendant un siècle, le sujet a prêté à de nombreuses controverses. On peut notamment évoquer les travaux de John Watson, qui considérait les émotions comme des « phénomènes parasitaires dont on aurait intérêt à se débarrasser ».

Le « Petit Robert1 » (dépôt légal, 1er trimestre 1967), en donne la définition suivante :

« Emotion : réaction affective, en général intense, se manifestant par divers troubles, surtout d’ordre neuro-végétatif ».

On appréciera au passage l’emploi du mot « troubles » qui classe au choix les émotions dans la catégorie des déséquilibres ou dans celle des déviations… A vous de voir…

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Ce sont finalement les découvertes récentes liés au développement de l’imagerie cérébrale, à la fin du XXème siècle, qui ont donné un coup d’accélérateur à la connaissance de l’esprit émotionnel.

Le vocable des émotions et leurs définitions se sont quelque peu enrichis. Aujourd’hui tout le monde s’accorde pour reconnaître que les émotions engagent à la fois le corps et l’esprit, et qu’elles ne sont qu’une expression naturelle par rapport à un évènement.

« Je désigne par émotion à la fois un sentiment et les pensées, les états psychologiques et biologiques particuliers, ainsi que la gamme de tendances à l’action qu’il suscite », Daniel Goleman.

Apprendre à parler émotions relève donc d’un challenge :

  • Nous commençons seulement à bénéficier des recherches sur le cerveau entreprises dans les années 90 ;
  • Pendant des décennies les émotions ont été victimes des contradictions et hégémonismes de différents courants ;
  • On ne nous a jamais éduqué pour nommer les émotions de manière précise et les utiliser avec discernement.

L’abécédaire des émotions

Cécile est cadre au sein d’un grand groupe. Elle gère une équipe d’une dizaine de personnes. Elle s’ouvre à moi lors de notre première séance de coaching :

« Je vous avertis. Je pleure tout le temps »

Elle m’explique que lorsqu’elle est en colère, elle pleure. Triste, elle pleure. Joyeuse, elle pleure. Et qu’elle préfère parler des émotions des autres plutôt que des siennes… Elle n’a jamais appris à exprimer ses émotions autrement qu’en pleurant…

Pour Daniel Goleman « il existe des centaines d’émotions… leurs nuances sont en fait si nombreuses que nous n’avons pas assez de mots pour les désigner ».

Il n’est donc pas étonnant que nous n’ayons pas les mots pour… Nous avons donc été tous contraints de nous « bricoler » nos propres outils « maisons » pour « faire sortir » ce que nous n’avons jamais appris à exprimer et à ressentir.

Pour débuter l’apprentissage de cette nouvelle langue, autant faire simple. Ayant suivi il y a quelques semaines un séminaire « Coacher les émotions » animé par Daniel Chernet, je partage avec vous une de ses préconisations. Il conseille vivement de se focaliser sur 4 émotions : la colère, la peur, la tristesse et la joie. A cela, il propose d’ajouter quatre sentiments : honte, culpabilité, envie et jalousie. Enfin, quelques sensations primaires permettent de faire le lien avec le corps : « confus », « bloqué », « vide » … En ce qui me concerne ma nature optimiste me conduirait à ajouter une quatrième sensation : « libéré ».

Alors à votre tour, pourquoi ne pas coucher vos émotions sur le papier, vous constituant ainsi votre propre abécédaire… Une sorte de peinture de votre paysage émotionnel intérieur. C’est ainsi que j’avais proposé à un de mes clients, artiste peintre à ses heures, de poser le ressenti émotionnel de nos séances de coaching sur une étoile (cf l’article : « Le coach, le coaché, le tableau et la pépite » https://www.linkedin.com/pulse/le-coach-coach%C3%A9-tableau-et-la-p%C3%A9pite-jean-christophe-thibaud). A notre dernier rdv, il avait amené avec lui sa peinture… une grande émotion.

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C’est durant ma dernière retraite Zen que j’ai pris conscience que la méditation apportait des pistes intéressantes pour cerner la subtilité de nos états émotionnelles. On peut aussi trouver dans la philosophie Zen des éléments de compréhension de l’état émotionnel. Ama Samy, maitre zen indien, évoque le concept de « cœur-esprit » (« hsin/ shin » en japonais).

« Il y a les questions de l’intellect : connaître et être connu. Et il y a aussi les questions du cœur : aimer et être aimé ». (« Cœur Zen, Esprit Zen », éditions Sully).

On peut se demander si ce « cœur/esprit » n’est pas le centre de nos émotions… Mais c’est une autre histoire, un autre article peut-être…

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